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Les produits allégés sont-ils bons pour la santé ?

vendredi 7 avril 2017, par Espérance

Une collègue professeur de lettres classiques propose en gazouillis illustré [1], accompagné d’un commentaire lapidaire « le DÉCLIN » (les majuscules sont d’elle) un extrait comparatif du roman d’Enid Blyton : Le Club des Cinq contre-attaque, Hachette, Bibliothèque rose.
Si l’on en croit le site de la Fnac, ce roman est conseillé pour un public de 6 à 9 ans (d’autres suggèrent 10-12 ans). Ce livre, publié en langue anglaise en 1944, s’est avéré un grand succès : la version française ne compte pas moins de treize couvertures différentes (peut-être nettement plus ?) ; la pagination semble osciller entre 156 pages (édition 1984) et 215 pages (édition 2006). En cinquante ans (la première traduction française date de 1955, alors que les dernières éditions s’affichent de 2004-2006) on mesure, grâce à cet extrait comparatif, le changement qui s’est opéré chez les jeunes lecteurs.

Dans l’édition des années 1960-1970, comme le montre l’image de gauche de notre gazouilleuse, une page comporte (hors bandeau où le titre de l’ouvrage est répété à chaque page dans un en-tête) à peu près 34 lignes de 48 caractères environ, soit de l’ordre de 1600 caractères. Dans les dernières éditions, plus de bandeau, et le nombre de lignes tombe à 28 : pratiquement 300 signes de moins pour chaque page. La traduction, puisque l’original est en anglais, a été reprise (il ne s’agit évidemment pas d’une réécriture, mais d’une nouvelle adaptation en français) :

- foin du passé simple, de l’imparfait ou du plus que parfait : présent et passé composé les remplacent quasi-systématiquement. Ainsi « Ils retournèrent gaiement vers la maison » devient « Ils retournent gaiement vers la maison » ; de même « Dagobert gambadait comme si ces allées et venues en pleine nuit n’avaient rien que de naturel » est modernisé en « Dagobert gambade comme si ces allées et venues en pleine nuit étaient tout à fait naturelles ».

- quand les jeunes héros parlent de leur groupe, la traduction abandonne la première personne du pluriel au profit de l’indéfini « on » : ainsi, « si nous restons là-bas une dizaine de jours » devient « si on reste là-bas une dizaine de jours », ou encore « En admettant que nous emportions le contenu du réfrigérateur » ramassé en « Même si on prend tout ce qu’il y a dans le frigo ».

- les vêtements ont été actualisés (« François avait retroussé bien haut les pans trempés de sa robe de chambre » devient « François a retroussé les ourlets de son bas de pyjama ») tout comme les exclamations des protagonistes : de « c’est magnifique », « c’est tellement merveilleux » on passe à « c’est génial », « c’est vraiment super ».

La version XXIème siècle donne une impression de parti-pris de « faire simple », quitte à alourdir la formulation et à perdre en richesse d’expression : « ils tinrent un conseil de guerre ! » est-il tellement inabordable pour des jeunes lecteurs, qu’il faille préférer « ils s’installent pour mettre au point leur stratégie … ».

Notes

[1avec une erreur secondaire : le « Club des Cinq » a été édité dans la bibliothèque rose et non verte

1 Message

  • La tyrannie du présent Le 8 avril à 07:26, par Vlad

    Excellent article dont je partage toutes les remarques. Et ce qui me frappe, c’est la disparition du passé, qui plonge l’enfant dans l’inconsistance grise d’un éternel présent.

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